Vous avez dit "Scandale" ?

oui l'affaire médiator est un scandale de plus dans le paysage médical français. Elle attriste la France et tous les professionnels qui font bien leur travail.
Scandale parce qu'il y a des victimes graves, par déni de danger des responsables de notre sécurité sanitaire, mais aussi par imprudence, négligence, incompétence et défaut de surveillance de la part de milliers de médecins qui ont pris la responsabilité de prescrire un médicament hors cadre autorisé par l'AMM; c'est tellement plus facile et plus rapide d'inscrire sur une ordonnance un médicament dit "coupe faim" (alors que tout médecin connaît les dangers des anorexigènes), plutôt que de prendre en charge correctement un patient obèse. Bien que le médiator ait été interdit dans bon nombre de pays, il aura fallu de longues années pour connaître la vérité sur ce sinistre, et sans le courage, la rigueur, et la compétence d’Irène Frachon, spécialiste de l’hypertension artérielle pulmonaire, rien ne serait encore découvert.
Avec au final, une question: pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour savoir et prendre des décisions de retrait du marché? Pendant tout ce temps, le rappelle Irène Frachon dans un livre publié aux Editions editions-dialogues.fr- Irène Frachon - Mediator 150 mg - au sous titre Combien de morts censuré, «au minimum 150 personnes étaient hospitalisées chaque année» pour des atteintes sévères cardiaques liées à la prise de Mediator.

Quels responsables ?

Scandale parce qu'il semble bien que les indications pour lesquelles l'autorisation (AMM) avait été donnée pour ce médicament (traitement du diabète) n'étaient pas respectées par les prescripteurs, malgré l'interdiction de prescrire les "coupe faim" en France. Alors quels responsables? les milliers de médecins qui le prescrivaient en "coupe faim'? 300 000 personnes par an en France sont concernées, parmi lesquelles une bonne moitié hors AMM . Or, lorsqu'un médecin prescrit un médicament hors AMM, cela doit être noté sur l'ordonnance. Les pharmaciens qui le délivraient pour un usage hors AMM?
ou bien tout simplement, petit arrangement, les médecins oubliaient de noter " hors AMM" sur l'ordonnance ?

Le laboratoire ?

si des dizaines de milliers de patients sont concernés par une prescription de mediator hors AMM, ce n'est pas l'initiative d'un médecin isolé, c'est un système qui est en place. avec une force de vente importante.

Les patients ont-ils été informés des dangers des médicaments prescrits?

Une prescription hors AMM doit faire l'objet d'une information précise du patient.

Qu’à t-on fait de notre argent ?

Scandale parce que les contribuables payent 111,5 millions d'euros pour que leur sécurité sanitaire soit assurée par 1000 personnes à l'Afssaps, agence française de sécurité sanitaire, et qui aurait dysfonctionné gravement dans cette affaire !
Que sait-on ? Dès 1997 les USA font des liens entre le médiator et des complications cardiaques
Le 30 avril 1998, le comité technique de pharmacovigilance de l'Afssaps note que le Mediator a des liens très étroits avec l'Isoméride, cet autre coupe-faim, commercialisé en 1985, interdit en 1997 après la découverte de cas d'hypertension artérielle pulmonaire et d'anomalies des valves cardiaques. Compte tenu de la suspicion, le comité demandait des enquêtes officielles pour établir les liens possibles entre le Mediator et des valvulopathies.
Les médecins prescripteurs ont-ils signalé les effets secondaires graves indésirables dont les décès ? certainement non, car s'ils avaient signalé les effets, ils auraient dû aussi signaler une prescription hors AMM! allaient-ils signaler leurs propres fautes ? eh bien non bien sûr. L'omerta est la règle de base dans la communauté médicale en flagrant délit d'abus de pouvoir.
Le 12 mai 2006, la Haute Autorité de santé,chargée d'évaluer le service rendu des médicaments, et saisie tardivement, se déclare défavorable au remboursement du Mediator. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/ct032758.pdf(external link)
en vain, car les experts de l'Afssaps concluent que le traitement présente des risques, mais celui-ci continue à être remboursé à 65%, et ceci malgré des alertes faites par des médecins traitants et par des médecins de CPAM.

L'armée des ombres :

Scandale aussi, car les chiffres de victimes décédées sont fantaisistes, de 3 (selon le laboratoire en cause) à peut-être 2000, et comme on ne saurait remonter à 30 ans en arrière, car bien sûr, l'assurance maladie, qui nous coûte si cher, ne s'intéresse pas à la iatrogénie médicamenteuse, et ne garde pas d'archives au delà de 2 ans, on ne saura jamais réellement le nombre de tous ces morts silencieux! Aucune évaluation réelle ne pourra les retrouver et seules les familles qui auront gardé ordonnances et dossiers de leurs défunts pourront peut-être amener quelques informations, ou les cardiologues qui eux aussi ont des dossiers de patients correctement tenus et archivés , donc peu de chances d’évaluer réellement l’ampleur du désastre . Le laboratoire concerné le sait bien, qui avance le chiffre de 3 morts! Il joue sur le système; il n'a pas tellement tord.
Il reste néanmoins, absolument anomal que l'on soit dans l'incapacité de recenser le nombre de victimes.

Le LIEN souhaite que cette catastrophe humaine nous permette de mieux faire pour l'avenir

Il demande que les causes du décès soient systématiquement documentées par les médecins que ce certificat soit contresigné par un tiers, collègue ou à défaut, un membre de la famille, à réfléchir.
Le LIEN salue l’intention du ministre de réformer le processus actuel de mise sur le marché et de pharmacovigilance.
En ce qui concerne la pharmacovigilance, on pourrait par exemple
1 - aligner la pharamacovigilance sur le niveau de responsabilité de la matériovigilance, c'est à dire rendre le signalement obligatoire pour TOUS les professionnels de santé, ( et pas seulement les prescripteurs)
2 - assortir l'obligation de signalement de sanctions pénales en cas de non respect de la déclaration d’effet indésirable ou complication liée à la prise du médicament
3 - ouvrir le signalement à l'Afssaps, des effets indésirables constatés, aux patients, familles, associations et tiers.
4 - et surtout Le LIEN demande une fois de plus que les avis dissidents ou contraires à la majorité dans une commission ad hoc, soient publiés et inscrits dans les PV de séances décisionnelles.
et peut-être une 5ème mesure pour limiter les mandats de responsables de l'Afssaps???


L'arbre qui cache la forêt ?

Le médiator pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt; il y a des dizaines d'autres médicaments pas franchement nécessaires qui nous intoxiquent chaque jour. La France est le pays qui consomme le plus de médicaments en Europe. Il y a peut-être quelque chose à faire du côté de la formation des médecins et ... des patients
et très certainement il y a urgence à réformer le contrôle et l'expertise